Le péché originel, une « Bienheureuse faute »

Posté par religieux le 1 juillet 2009

Avec ce brin d’humour malicieux qui le caractérisait, André Frossard disait : « Le péché originel n’est pas une donnée scientifiquement observable. Excepté, bien entendu, si l’on consulte un miroir ! » En effet, l’humanité qui souffre et meurt fait l’expérience quotidienne de l’état de déchéance que l’Église affirme dans la doctrine sur le péché originel. Chacun d’entre nous aussi est confronté à cette réalité que saint Paul exprime ainsi : « Vraiment ce que je fais je ne le comprends pas : car je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas » (Romains 7, 15).

Le péché originel, dont nous constatons les effets en nous et autour de nous, est objet de la Révélation divine. Cette doctrine requiert donc l’assentiment obéissant de notre intelligence éclairée par la foi. L’humble acceptation de la Révélation nous permet alors d’explorer les lumineux mystères de la Création et de la Rédemption, et de découvrir le sens de cette chaotique histoire d’amour de Dieu avec l’humanité.

Le péché originel a sans doute été l’un des dogmes les plus contestés ces dernières décennies. Pourtant, le monde demeure absolument incompréhensible, la Rédemption vidée de sens, le Salut sans raison, l’espérance sans objet, si l’on jette dans les oubliettes de la seule symbolique ou de la psychologie ce mystère des origines. Jean-Paul II déclarait à ce sujet : « Si l’homme d’aujourd’hui refuse cette donnée de la foi, il n’arrive plus à rendre compte des réveils mystérieux et angoissants du mal dont il fait l’expérience quotidienne, et il finit par osciller entre un optimisme facile et irresponsable et un pessimisme radical et désespéré » (1).

L’amour originel

Avant le péché, il y a l’amour. L’amour originel, inconditionnel, l’amour fou de Dieu pour cet être créé à son image comme à sa ressemblance. Il convient donc de laisser monter en nous une action de grâce émerveillée devant l’amour qui nous précède et qui est à l’origine de tout. « Et Dieu vit que cela était très bon », dit la Genèse (1, 31).

L’Église, inspirée par la Parole de Dieu, nous enseigne que nos premiers parents étaient ornés d’un certain nombre de dons surnaturels que Dieu leur avait accordés dans son immense bonté. Ils vivaient dans une communion filiale avec le Père. Une intimité profonde qui leur permettait de s’entretenir avec lui à « la brise légère du jour », au Paradis (cf. Gn 3, 8) – ce que l’Église appelle la grâce sanctifiante.

Ils bénéficiaient en outre d’une grâce transfiguratrice qui confortait puissamment la domination de l’âme sur le corps, de la raison sur les passions, de l’homme lui-même sur le monde extérieur. Pour cela, ils disposaient de dons particuliers : l’exemption du désordre des passions, de la mort, de la souffrance ; Dieu les avait aussi dotés d’une connaissance certaine de vérités naturelles et surnaturelles : le don de science.

Nos premiers parents vivaient donc dans l’unité intérieure de leur personne, dans une paix aimante au sein du couple, et dans une harmonie entre eux et toute la Création. Cet ordre harmonieux originel s’appelle « justice originelle ». Il est beau de constater que nous ne sommes pas issus d’un sauvage primitif et grossier !

Le péché originel

Tentés par le Malin, nos premiers parents ont délaissé la Parole de Dieu pour écouter le « père du mensonge » (cf. Gn 3, 1-24). Derrière la symbolique de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, se cache le désir orgueilleux pour l’homme de s’approprier sa destinée et de devenir « comme des dieux ». Le tentateur ayant réussi à instiller dans leur cœur une méfiance profonde à l’égard de Dieu, ils doutent de la bonté du Père, et le regardent alors comme leur adversaire, un adversaire de leur bonheur. « Dieu est un concurrent qui limite notre liberté et nous ne serons pleinement des êtres humains que lorsque nous l’aurons mis de côté ; en somme, ce n’est que de cette façon que nous pouvons réaliser en plénitude notre liberté » (2), pensaient-ils. Ils ont donc refusé de recevoir de Dieu leur vie et leur existence.

On retrouvera cette pensée chez Jean-Paul Sartre : « Si Dieu existe, l’homme n’est rien. Dieu n’existe pas ! Joie, pleurs de joie ! Plus de ciel ! Plus d’enfer ! Rien d’autre que la terre » (3).

L’Église a toujours tenu fermement comme un dogme le fait que le péché originel est un péché « propre et personnel » de nos premiers parents. Il n’est donc pas un défaut de croissance, une faiblesse psychologique, une sorte d’incomplétude de la personne humaine due au processus évolutif de maturation.

Cependant, saint Paul écrit que tous ont péché en Adam (Rm 5, 12). Comment comprendre cela ? Il existe une mystérieuse solidarité de l’humanité par laquelle nous sommes membres les uns des autres. Ainsi, le poids du péché de tous les hommes pesait sur nos premiers parents comme la base du triangle renversé sur la pointe qui touche le sol. C’est ainsi que, dans l’éternel présent de Dieu, notre propre refus nous « implique » réellement dans le péché de nos premiers parents, sans ôter pour autant le caractère foncièrement libre de leur décision.

Si le philosophe voit dans le mal une privation d’un bien dû, une déficience ou une ombre au tableau de la Création, le chrétien y voit en plus une rébellion, une ingratitude, un adultère, une désobéissance. Autrement dit, une rupture de l’alliance originelle.

Les conséquences du péché originel

La descendance de nos premiers parents a reçu en héritage une nature humaine privée de la grâce. Séparé de Dieu, caché loin de l’Éternel (cf. Gn 3, 7-8), l’homme a perdu, après la chute originelle, cette intimité filiale et confiante avec ce Dieu d’amour ; c’est si vrai que le mot « Père » revient à peine plus de quinze fois dans l’Ancien Testament mais plus de cent soixante-dix fois rien que dans les Évangiles.

Après la chute, l’homme est livré aux propres lois de sa nature. Il ressentira donc la souffrance, éprouvera la mort. L’homme est aussi blessé dans ses capacités d’agir selon ce qui plaît à Dieu : difficulté de connaître la vérité (opposée à la vertu de prudence) ; affaiblissement de la force de la volonté (opposé à la vertu de justice) ; crainte des difficultés devant l’effort vers le bien (opposée à la force) ; désir de satisfaire la sensibilité à l’encontre de la raison (opposé à la tempérance).

Sous l’angle relationnel, le péché originel provoque des ruptures douloureuses avec Dieu, avec soi-même (difficulté de s’accepter pécheur) ; entre nos premiers parents, qui se disputent ; avec les autres, comme on peut le voir dans le meurtre d’Abel par son frère Caïn. Enfin, l’homme vivra une relation désordonnée avec toute la Création matérielle.

La Rédemption

Dès après la chute, Dieu n’a de cesse de rechercher l’homme pour faire alliance avec lui. C’est l’extraordinaire aventure du Salut que nous relate la Bible, journal intime d’un peuple dans ses relations houleuses et merveilleuses avec son Dieu.

Arrive l’heure où Dieu empoigne l’humanité pour célébrer des noces éternelles : par le « oui » de la nouvelle Ève, la Vierge Marie, le Verbe s’est fait chair ! À la désobéissance d’Adam, le nouvel Adam, Jésus, répondra par une obéissance amoureuse, « jusqu’au bout » (Jean 13, 1). « Si, par la faute d’un seul, la multitude est morte, combien plus la grâce de Dieu et le don conféré par la grâce d’un seul homme, Jésus-Christ, se sont-ils répandus à profusion sur la multitude » (Rm 5, 14).

La doctrine du péché originel est pour ainsi dire « le revers » de la Bonne Nouvelle que Jésus est le Sauveur de tous les hommes, que tous ont besoin du Salut, et que le Salut est offert à tous grâce au Christ. « De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ » (1 Co 15, 22).

Le Salut, c’est ce don gratuit d’une intimité filiale avec le Père par l’Esprit Saint qui nous est donné au baptême. Après des millénaires d’errance, l’être humain retrouve, dans le Christ, l’accès au Père des miséricordes et peut devenir « dieu », non par ses propres forces, mais par l’accueil humble et confiant de la grâce sanctifiante perdue après le péché originel et restituée dans le baptême. Ce retour filial de l’humanité au Père – « Abba » – est la révolution de la nouvelle Alliance.

La leçon à tirer de cette aventure, c’est que sans Dieu, nous ne pouvons rien faire (cf. Jn 15, 5), mais qu’avec lui, tout est possible (cf. Lc 18, 27). Nous avons donc besoin de la grâce actuelle qui vient au secours de nos faiblesses. Et Dieu nous aide : le fruit de l’arbre mort de la Croix – Jésus-eucharistie – donne la vie en abondance. Et la Création elle-même attend dans les gémissements que les hommes se comportent désormais comme des enfants de Dieu (cf. Rm 8, 1-22). Une clé de lecture de la crise écologique !

http://la-boutique-des-chretiens.com/

Publié dans THEOLOGIE | Commentaires fermés

Simone Weil Extraits d’œuvres

Posté par religieux le 1 juillet 2009

L’inspiration chrétienne

« (…) Je n’ai jamais hésité dans ce choix d’une attitude ; j’ai toujours adopté comme seule attitude possible l’attitude chrétienne. Je suis pour ainsi dire née, j’ai grandi, je suis toujours demeurée dans l’inspiration chrétienne. Alors que le nom même de Dieu n’avait aucune part dans mes pensées, j’avais à l’égard des problèmes de ce monde et de cette vie la conception chrétienne d’une manière explicite, rigoureuse, avec les notions les plus spécifiques qu’elle comporte. Certaines de ces notions sont en moi aussi loin que mes souvenirs remontent. Pour d’autres je sais quand, de quelle manière et sous quelle forme, elles se sont imposées à moi.

 

(…)

Bien entendu, je savais très bien que ma conception de la vie était chrétienne. C’est pourquoi il ne m’est jamais venu à l’esprit que je pourrais entrer dans le christianisme. J’avais l’impression d’être née à l’intérieur. Mais ajouter a cette conception de la vie le dogme lui-même, sans y être contrainte par une évidence, m’aurait paru un manque de probité. J’aurais cru même manquer de probité en me posant comme un problème la question de la vérité du dogme, ou même simplement en désirant parvenir à une conviction à ce sujet. J’ai de la probité intellectuelle une notion extrêmement rigoureuse, au point que je n’ai jamais rencontré personne qui ne m’ait paru en manquer à plus d’égard ; et je crains toujours d’en manquer moi-même.»

« Autobiographie spirituelle », in Attente de Dieu

 

Mal

« On n’a l’expérience du bien qu’en l’accomplissant.

On n’a l’expérience du mal qu’en s’interdisant de l’accomplir, oui, si on l’a accompli, qu’en se repentant.

Quand on accomplit le mal, on ne le connait pas, parce que le mal fuit la lumière. »

« Accepter le mal qu’on nous fait comme remède à celui que nous avons fait.

Ce n’est pas la souffrance qu’on s’impose à soi-même, mais celle qu’on subit du dehors qui est le vrai remède. Et même il faut qu’elle soit injuste. Quand on a péché par injustice, il ne faut pas souffrir justement, il faut souffrir l’injustice. »

La pesanteur et la grâce

 

Charité

« Si on me bande les yeux et si on m’enchaîne les mains sur un bâton, ce bâton me sépare des choses, mais par lui je les explore. Je ne sens que le bâton, je ne perçois que le mur. De même les créatures pour la faculté d’aimer. L’amour surnaturel ne touche que les créatures et ne va qu’à Dieu. Il n’aime que les créature (qu’avons-nous d’autre à aimer ?) mais comme intermédiaires. A ce titre, il aime également toutes les créatures y compris soi-même. Aimer un étranger comme soi-même implique en contrepartie : s’aimer soi-même comme un étranger. »

« Le Christ guérissant des infirmes, ressuscitant des morts, etc.., c’est la partie humble, humaine, presque basse de sa mission. La partie surnaturelle, c’est la sueur de sang, le désir insatisfait de consolations humaines, la supplication d’être épargné, le sentiment d’être abandonné de Dieu.

L’abandon au moment suprême de la crucifixion, quel abîme d’amour des deux côté ! « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Là est la véritable preuve que le christianisme est quelque chose de divin. »

La pesanteur et la grâce

 

Baptême

« Quand on conçoit l’univers comme une immense masse d’obéissance aveugle parsemée de points de consentement, on conçoit aussi son propre être comme une petite masse d’obéissance aveugle avec au centre un point de consentement.

Le consentement, c’est l’amour surnaturel, c’est l’Esprit de Dieu en nous. L’obéissance aveugle, c’est l’inertie de la matière, qui est parfaitement représenté pour notre imagination par l’élément à la fois résistant et fluide, c’est-à-dire par l’eau. Au moment où nous consentons à l’obéissance, nous sommes engendrés a partir de l’eau et de l’esprit. Nous sommes dès lors un être composé uniquement d’esprit et d’eau. »

Intuitions pré-chrétiennes

 

Eucharistie

« Un homme qui travaille brûle sa propre chair et la transforme en énergie comme une machine brûle du charbon. C’est pourquoi s’il travaille trop ou s’il ne mange pas assez par rapport au travail qu’il fournit, il maigrit, il perd de la chair. Ainsi on peut dire en un sens que le travailleur manuel transforme sa chair et son sang en objet fabriqués.

Pour les paysans, ces objets fabriqués sont le pain et le vin.

Le prêtre a le privilège de faire surgir sur l’autel la chair et le sang du Christ. Mais le paysan a un privilège non moins sublime. Sa chair et son sang, sacrifiés au cours d’interminables heures de travail, passent a travers le blé et le raisin, deviennent eux-mêmes la chair et le sang du Christ. »

« Le christianisme et la vie des champs » in Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu

 

Crucifixion

« L’Amour divin a traversé l’infinité de l’espace et du temps pour aller de Dieu à nous. Mais comment peut-il refaire le trajet en sens inverse quand il part d’une créature finie ?

Cela semble impossible, mais il y a un moyen.

Quand on frappe avec un marteau sur le clou, le choc reçu par la large tête du clou passe tout entier dans la pointe, sans que rien s’en perde, quoiqu’elle ne soit qu’un point. Si le marteau et la tête du clou étaient infiniment grands, tout se passerait encore de même. La pointe du clou transmettrait au point sur lequel est appliquée ce choc infini.

L’extrême malheur, qui est à la fois douleur physique, détresse de l’âme et dégradation sociale, constitue ce clou. La pointe est appliquée au centre même de l’âme. La tête du clou est toute la nécessité éparse à travers la totalité de l’espace et du temps.

Le malheur est une merveille de la technique divine. Ce dispositif simple et ingénieux qui fait entrer dans l’âme d’une créature finie cette immensité de force aveugle, brutale et froide. La distance infinie qui sépare dieu de la créature se rassemble toute entière en un point pour percer une âme en son centre.

Celui dont l’âme reste orientée vers Dieu pendant qu’elle est percée d’un clou se trouve cloué sur le centre même de l’univers. C’est le vrai centre, qui n’est pas au milieu, qui est hors de l’espace et du temps, qui est Dieu. Selon une dimension qui n’appartient pas à l’espace, qui n’est pas le temps, qui est une toute autre dimension, ce clou a percé un trou à travers la création, a travers l’épaisseur de l’écran qui sépare l’âme de Dieu. Par cette dimension merveilleuse, l’âme peut, sans quitter le lieu et l’instant où se trouve le corps auquel elle est liée, traverser la totalité de l’espace et du temps et de parvenir devant la présence même de Dieu.

Elle se trouve à l’intersection de la création et du créateur. Ce point d’intersection, c’est celui du croisement des branches de la Croix. »

« L’amour de Dieu et le malheur » in Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu

Edouard Huber

http://la-boutique-des-chretiens.com/

Publié dans THEOLOGIE | Commentaires fermés

 

UNION DES EVANGELISTES INTE... |
bornagain |
وَلْ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | EL CORAN WA EL SUNNA
| alliancewicca
| bienvrnue dans mon blog